Sur le chemin de l’autonomie quotidienne

L’autonomie, pour quoi faire ?

Nous vivons dans un système profondément interconnecté où chaque maillon dépend de multiples autres. Notre société a atteint un niveau de complexité qui a permis d’ouvrir des possibilités innombrables à chacun d’entre nous. Informations, voyages, alimentation, santé, loisirs sont offert à tous et tracent un chemin de progrès et de croissance qui semble sans fin.

Mais cette interdépendance de notre organisation économique, financière, sociale est un risque sérieux, car si tout est dépendant de tout, la faiblesse d’un agent, voire son incapacité à accomplir sa tâche dans cet ensemble, peut mettre en difficulté l’édifice dans sa totalité.

Les signes sont nombreux que différents composants de notre société sont en train de défaillir et le risque est de plus en plus grand de voir l’ensemble s’effondrer.

Retrouver de l’autonomie, c’est reprendre un peu de pouvoir sur les évènements, sortir de cette position de dépendance totale et essayer de se fabriquer un avenir.

De quelles dépendances parle-t-on ?

Tous les aspects de la vie courante sont concernés.

Aujourd’hui, nous achetons les aliments pour nous nourrir ; l’eau domestique est fournie par de grands groupes industriels ; l’électricité arrive par le réseau ; le chauffage est assuré par le gaz, le fioul ou l’électricité, ceux qui utilisent le bois de chauffage l’achètent aussi ; tous les ustensiles de la vie quotidienne, des plus simples (une cuillère …) aux plus complexes (un four à micro-onde …) sont fabriqués dans des usines, souvent à l’autre bout du monde, comme tous les objets high-techs, téléphones, tablettes, ordinateurs, télévision ; les vêtements, les chaussures, le linge sortent d’une autre usine ; les produits ménagers sont conçus par de grands groupes pétrochimiques et emballés dans des contenants plastiques jetables ; la voiture sans laquelle on ne peut plus rien faire, organise tout le fonctionnement de la société ; même le vélo ou la trottinette sans parler de leur version à assistance électrique, sont devenus des objets de haute technologie ; la maison que l’on habite utilise des matériaux produits dans des usines et est meublée des fruits de l’industrie ; sans parler de la dépendance à l’argent indispensable pour financer toute cette existence.

Qui peut imaginer vivre sans cette organisation ultra spécialisée, où chacun paye pour obtenir l’indispensable et le superflu, et pour la plupart d’entre nous, sans participer à la création du moindre élément ?

Est-il possible de sortir de ces dépendances ?

Pour trouver un chemin vers un premier niveau d’autonomie, il va d’abord falloir faire le tri dans tout ce qui nous entoure dans la vie de tous les jours, et établir des priorités.

Il faut d’abord considérer le degré d’importance. Être dépendant pour un produit dont on pourrait se passer, comme le café ou l’ordinateur, n’a pas la même importance que la dépendance pour un produit vital du quotidien comme l’eau ou la nourriture.

Il faut aussi considérer la fréquence d’utilisation. Être dépendant pour quelque chose que l’on va acheter très rarement, voire une seule fois dans sa vie, comme une maison ou une petite cuillère, n’a pas la même importance que pour un produit que l’on achète chaque jour, comme du pain ou l’électricité pour s’éclairer.

Il faut encore considérer le degré de proximité. Être dépendant d’un fournisseur proche de chez nous, que l’on connaît et en qui on a confiance, comme le boulanger du coin ou le marchand de légumes sur le marché, n’a pas la même importance que pour un produit d’importation conçu dans une usine dont on ne maîtrise aucun aspect de la fabrication, ni du transport.

Enfin, il faut considérer le risque de défaut d’approvisionnement en cas d’effondrement. Il est raisonnable de penser que les petits producteurs locaux continueront à proposer leurs produits, mais il ne l’est pas de croire que les grands fournisseurs industriels le feront, par défaut de transport et d’énergie.

Pour ne plus être dépendant du fournisseur d’un produit ou d’un service, le plus direct est encore de s’en passer. Il est intéressant de regarder tout ce qui nous sert au quotidien et de se demander si c’est vraiment utile, si l’on ne pourrait pas faire autrement, ou faire avec moins, ou faire sans.

Qu’est ce qui est vraiment indispensable, de quoi pourrait-on se passer si nécessaire ? La recherche de la simplicité est un bon pas sur le chemin de l’autonomie.

Comment faire concrètement pour gagner en autonomie ?

Il ne s’agit pas de vivre en autarcie, mais de réduire ses besoins, de limiter la consommation d’énergie et d’eau, de s’approvisionner localement, d’acheter des ustensiles durables et réparables, et de commencer à produire une partie de ce que l’on consomme.

Réduire ses besoins, nous l’avons vu, consiste en une analyse de notre mode de vie pour en sélectionner l’essentiel et en réduire le superflu, et probablement à se donner de nouvelles orientations. Cela peut amener à une remise en cause de notre cadre de vie, à décider de déménager pour trouver un lieu plus propice à nos projets, à changer de travail, mais aussi simplement à rechercher des solutions d’approvisionnement compatibles avec nos objectifs, il n’est pas toujours facile de commencer à se passer de l’hyper-marché !

Pour limiter notre consommation d’énergie, il est intéressant d’analyser notre budget pour bien définir les axes principaux d’économie. Est-ce le chauffage, la production d’eau chaude, les multiples éléments électriques de la maison, les moyens de déplacement ? Il est probable que de vivre dans une maison bien isolée demandant un système de chauffage réduit soit la première des actions intéressantes. La production d’eau chaude par ballon électrique est souvent le plus fort point de consommation de la maison. Réduire le nombre d’instruments électriques synonymes de confort moderne n’est pas difficile et l’on se rend compte que cela ne réduit guère notre confort. La dépendance à la voiture est complexe car toute l’organisation sociale est architecturée autour de l’utilisation de la voiture individuelle. Trouver des pistes pour réduire son utilisation sera probablement lié à l’analyse de notre mode de vie.

L’approvisionnement en eau par le service d’eau semble tout naturel, mais est-ce vraiment utile d’utiliser de l’eau potable pour tous les usages que l’on en a ? Et que devient cette eau une fois utilisée, ne pourrait-elle pas resservir au lieu de partir aux égouts ? Les eaux vannes (issues des toilettes) sont les eaux représentant un danger sanitaire qui doivent être traitées. Les eaux grises (eaux faiblement polluées issues des douches, lavabos, éviers …) peuvent potentiellement être réutilisées pour un usage ne nécessitant pas une eau potable (irrigation …). Les habitations modernes ne sont pas équipées de façon à séparer les eaux grises et les eaux vannes. Un moyen simple de le faire est de supprimer l’utilisation des chasses-d’eau dans les toilettes et d’utiliser des toilettes sèches. Ainsi, on économise une part importante de l’eau domestique, et l’on peut mettre en place des moyens de réutiliser les eaux grises.

S’approvisionner localement demande d’abord une remise en cause de nos habitudes alimentaires. Acheter en toutes périodes de l’année des produits en provenance des 4 coins du monde est devenu tellement habituel que l’on a oublié le sens des saisons. Utiliser des produits frais, non transformés vous amènera dans la bonne direction. Un critère assez efficace pour acheter local est de refuser tout emballage en plastique !

L’obsolescence programmée est devenu le moteur de l’économie moderne, tout nous pousse à jeter rapidement pour racheter du neuf, que ce soit la pauvre qualité de l’objet ou la pression marketing qui nous pousse à désirer une nouvelle version … Pour refuser de rentrer dans ce système consumériste, il faut résister à une pression publicitaire omniprésente. Le plus simple est d’éviter d’y être exposé. Ensuite, il faut choisir les produits que l’on décide d’acheter en fonction de leur durabilité, et si nécessaire de leur réparabilité. Ce ne seront pas les produits les plus modernes, ni des produits high-tech mais il est possible de s’équiper efficacement en respectant ces principes.

Devenir producteur de notre consommation.

Une fois étudiés les différentes pistes pour réduire notre consommation, nous pouvons envisager de produire certaines des ressources qui nous restent nécessaires.

Produire une partie de son alimentation est la première chose qui nous vient à l’esprit, tout le monde se sent capable de faire pousser quelques légumes ! Bien sûr, ce n’est pas si simple, mais l’important est de commencer, de faire un premier pas, autant le faire dans une direction qui nous semble possible. De multiples livres, articles, vidéos, permettent de trouver des réponses aux questionnements qui ne manqueront pas de survenir.

Il faudra ensuite placer cette production dans une réflexion plus globale : choisir des plantes adaptées à notre localisation et à notre climat, privilégier les plantes vivaces, les arbres et arbustes pour pérenniser notre travail, mettre en place un équilibre naturel afin de protéger nos cultures des ravageurs, et stocker notre production de façon durable pour en profiter toute l’année.

Il faut aussi se replacer dans un ensemble, il n’est pas raisonnable d’envisager de produire la totalité de notre alimentation (à moins de changer drastiquement de régime alimentaire). Certaines cultures sont plus adaptées à un travail collectif ou spécialisé, les céréales par exemple. L’autonomie alimentaire peut se penser et s’organiser dans un espace plus vaste (comme une commune). Dans ce cas, il faut réfléchir à la monnaie d’échange que l’on pourra proposer. Il est probable que dans une situation d’effondrement, l’argent n’ait plus grande valeur. Quelle production (ou quel autre bien) pourrais-je proposer en échange de blé ou de lait ?

Enfin, il ne faut pas négliger les plantes sauvages qui peuvent subvenir à une partie de nos besoins alimentaires. Pour cela, il faut apprendre à les connaître, à les reconnaître et à respecter les milieux naturels.

Être autonome en eau ne paraît pas non plus hors de portée. Ceux qui ont la chance d’avoir un puits n’ont pas trop de soucis à se faire, mais la pollution des nappes phréatiques, leur raréfaction, peuvent devenir problématiques. Récupérer les eaux de pluie, les stocker et en traiter une petite partie pour la rendre potable est la solution qui sera généralement la plus adaptée à toutes les situations. En associant cela à la réutilisation des eaux grises, l’autonomie en eau devient possible.

L’autonomie en électricité semble simple, mais elle nécessite des équipements de haute technologie pour la produire (panneaux solaires, éoliennes), pour la stocker (batteries) et pour l’utiliser (onduleurs, régulateur de charge), équipements qui sont polluants à la construction et qui nécessitent des ressources non renouvelables. Ce sont de plus, des solutions qui risquent de tomber en panne et de ne pas pouvoir être réparées sans une société industrielle hautement développée. Utiliser l’électricité pour les besoins de base (chauffage, cuisine, conservation), c’est parier sur la survie de notre société technologique et en rester dépendant.

L’autonomie en électricité passe plutôt par la réduction de son utilisation aux usages non essentiels de la vie (au confort moderne) qui peut être associé à une production autonome restreinte en panneaux solaires ou en éolien. Mais pour les besoins essentiels, l’autonomie passe par l’utilisation d’autres ressources, de préférence locales et renouvelables. Une cuisinière à bois avec bouilleur peut permettre de répondre à une bonne part des besoins en énergie (cuisine, chauffage, eau chaude). Pour peu que l’on ait un terrain qui s’y prête, il est possible d’être autonome en bois, d’autant plus que les équipements actuels (cuisinière, poêle) ont des rendements très élevés. Les régions ensoleillées pourront privilégier les ressources du soleil (four, chauffe-eau). Une maison bien isolée, demandant peu d’apport énergétique, est essentielle dans tous les cas pour accéder à l’autonomie énergétique.

En ce qui concerne les produits ménagers, tout l’art des industriels de la pétrochimie est de nous faire croire que cela est d’une telle complexité qu’il est impossible de se passer d’eux. En réalité, l’immense majorité des produits d’entretien et d’hygiène que l’on trouve dans les rayons du supermarché est inutile et ne répond qu’à une stratégie commerciale. Les produits utiles au quotidien sont simples, efficaces, peu onéreux, et peuvent souvent se fabriquer à la maison sans difficulté.

L’autonomie de production des outils, habillements, mobiliers et ustensiles ménagers ne pourra se faire que dans le cadre élargi d’une communauté locale, dans laquelle les métiers de l’artisanat retrouveraient une place centrale et valorisée, et dans laquelle les échanges se feraient sur une base juste et équitable.

Un état d’esprit.

Entrer en autonomie, c’est repenser notre posture face à la vie, quitter une attitude passive de consommateur et redevenir acteur de notre existence. Cela peut sembler effrayant, un saut dans l’inconnu mais il n’est pas nécessaire de tout faire en même temps. C’est un chemin qui peut être parcouru sans hâte, au gré de l’avancée de nos projets. Sortir de la dépendance à notre société industrielle, c’est aussi quitter une vie frénétique, retrouver le temps de vivre, apprécier les plaisirs simples, renouer des contacts humains et s’offrir un avenir.