Le système moderne

Le mode de vie actuel

Notre mode de vie semble aller de soi, nous n’avons généralement pas l’occasion de réfléchir sur son organisation. Ça marche, c’est tout ce qui importe, de la même façon qu’un conducteur de voiture sait conduire, mais ne sait pas comment cette merveille technologique fonctionne.

Pourtant, notre système est loin d’être partagé par l’ensemble de la population mondiale, nous vivons dans un pays riche du monde occidental.

De plus, ce qui paraît évident n’est pas si ancien. Il n’y a guère qu’un demi-siècle que nous vivons entourés de machines et que nous sommes dépendants de l’électricité ou du pétrole pour les faire fonctionner.

L’humanité n’a pas attendu la 2ème moitié du XXème siècle pour montrer l’étendue de son génie ni sa capacité à se nourrir sainement et à vivre confortablement.

La course à la modernité nous fait regarder d’un œil dédaigneux les réalisations du passé, l’accélération forcenée du progrès rend obsolète et désuet ce qui représentait la pointe de la modernité quelques années avant.

Et pourtant, vivons-nous mieux qu’il y a 10 ans, ou 40 ans ? Ce que nous avons gagné est-il dû au progrès technologique ou au progrès social ? N’avons-nous pas besoin d’une société plus solidaire, plus au service du bien commun plutôt que de posséder toujours plus de biens de consommation absolument indispensables et déjà inutiles ?

Le progrès à tout prix n’a plus d’autre finalité que de s’auto-entretenir, le système travaille pour perdurer sans considération pour les humains, encore moins pour le monde du vivant, et moins encore pour la Terre. Il n’y a pas de vue à long terme, seul compte le profit immédiat qu’il faut ramasser vite avant qu’il ne disparaisse.

Les signaux sont de plus en plus criants que le système arrive au bout de ses ressources. Et pourtant, il ne manifeste aucun signe de ralentissement, comme si la destruction programmée des écosystèmes, du climat, et de l’humanité même, n’avait pas d’importance. Le système est devenu hors de contrôle, il s’emballe, plus rien ne peut l’arrêter, toujours plus vite vers la catastrophe.

Un système aux dépendances multiples

Les biens de consommation courante, alimentaires, vestimentaires ou technologiques sont des produits industriels aux multiples sous-traitants disséminés à travers le monde. Du produit de base, issu de l’agriculture ou de la prospection minière, au produit fini, se développe un réseau complexe de fournisseurs et de fabricants.

Ce système a de multiples conséquences.

L’interdépendance des différents acteurs fragilise l’organisation globale, qu’un maillon fasse défaut et l’ensemble de la chaîne se grippe.

La dépendance aux énergies fossiles se retrouve à tous les niveaux de fabrication et de transport.

Le consommateur ne connaît pas (ou ne veut pas connaître) les processus de fabrication, ni les matières premières utilisées, ni les lieux de traitement, ni les conditions dans lesquelles travaillent les divers sous-traitants. Il est déresponsabilisé et n’entend qu’un discours commercial dont le seul but est de vendre sans considération pour le bien commun.

La recherche de la nouveauté est devenue le moteur de la production, un produit doit être acheté pour être remplacé le plus rapidement possible afin d’alimenter les usines de production.

La qualité, la durabilité sont devenus des ennemis du système qui risqueraient de ralentir la machine économique.

Le prix de vente n’est pas le reflet du coût réel des produits mais de l’image commerciale véhiculée. Le travail artisanal est dévalorisé, car il n’est pas rentable.

Le coût pour la société en terme de santé publique, de dégradation de l’environnement, de bouleversement climatique, n’est pas pris en charge par les entreprises. Elles n’assument pas les conséquences de leurs processus industriels.

Les produits sont de plus en plus complexes, souvent de façon inutile, afin de convaincre le consommateur de sa dépendance aux industries, seules à même de fabriquer ces biens et de les décourager de chercher d’autres modes de production.

L’humanité se retrouve extraite du cycle du vivant, comme si elle pouvait s’abstraire des contraintes liées au climat, aux saisons, aux ressources naturelles.

L’humain perd tous ses repères naturels et n’est plus qu’un rouage dans le système économique.

Reprendre le contrôle

Pour reprendre le contrôle de notre vie, il est nécessaire de comprendre de quelle façon nous sommes dépendants du système. Dans chaque part de la vie quotidienne, il s’agit de mettre en évidence les liens qui nous attachent au système économique mondialisé, puis ensuite d’envisager des solutions pour réduire ces dépendances.

Se détacher des mailles du réseau industriel, c’est aussi chercher à minimiser notre impact sur la Terre, c’est trouver sa place au sein d’une organisation respectueuse du vivant et des générations futures.

Nos choix seront alors guidés par des principes simples : ce que je fais, ce que j’achète, ce que je consomme, est-il dommageable pour la nature, pour le climat, pour l’avenir ?

Il ne s’agit pas d’abandonner la société pour vivre en autarcie ou en chasseur-cueilleur, mais de trouver un chemin juste permettant de préserver les bienfaits de la civilisation tout en les rendant accessibles au plus grand nombre et en les pérennisant pour les prochaines générations.

Vivre en gaspillant des ressources épuisables et en détruisant les équilibres naturels, n’est pas une voie soutenable, ni une attitude responsable. Nous serons obligés de changer de système si nous voulons léguer une Terre viable à nos enfants.

Alors, plutôt que d’attendre une hypothétique prise de conscience mondiale des changements nécessaires, et de leur mise en application globalisée, ce qui nous laisserait encore en situation de dépendance totale, il est préférable de commencer maintenant, à notre niveau, à changer de mode de consommation et de mode de vie, pour prendre en main notre futur. Peut-être arriverons-nous aussi à avoir une influence sur l’avenir de notre civilisation. Quitter une attitude passive permet en tout cas de retrouver l’envie de vivre malgré les menaces de plus en plus présentes d’effondrement de notre civilisation.

La dépendance électrique

Aujourd’hui, il est devenu inconcevable de faire de ses mains ou de se déplacer avec ses pieds. Tout doit être effectué avec des machines. Certaines sont fort utiles et rendent vraiment service, d’autres le sont beaucoup moins et n’existent que grâce à un matraquage publicitaire, et souvent ne durent que peu de temps. L’énergie nécessaire pour le fonctionnement de ces machines semble aller de soi, l’électricité est tellement intégrée dans la vie quotidienne que l’on ne peut pas imaginer en manquer.

Consommer de l’électricité pour effectuer toutes les tâches domestiques n’est pas perçu comme posant le moindre problème. Pourtant, qui n’a pas entendu parler de personnes coincées dans leur maison lors d’une coupure de courant parce que les volets roulants étaient fermés et qu’ils ne fonctionnent qu’à l’électricité ? Imaginons notre habitation privée d’électricité. Pourrait-on encore vivre dedans ? Pourrait-on se préparer à manger, se chauffer, se laver, s’éclairer …

Sans aller jusqu’à se priver d’électricité, il paraît important de ne pas en être totalement dépendant. L’électricité est un facteur aggravant des problèmes rencontrés par nos sociétés, d’abord par sa production qui demande d’énormes infrastructures industrielles, ensuite par la multitude d’ustensiles électriques, qui consomment d’importantes ressources non renouvelables pour être fabriqués, et qui génèrent des déchets polluants quand ils sont jetés.

Se défaire de la dépendance au tout électrique est donc une étape importante dans la reprise du contrôle de notre vie.

L’obsolescence programmée

Combien de temps va-t-on conserver un ustensile, une machine, un meuble, un vêtement ? Aujourd’hui, un objet n’est pas fait pour durer, mais pour être jeté et remplacé rapidement afin d’alimenter le système économique. Celui-ci repose sur deux moteurs : la création artificielle de nouveaux besoins pour faire acheter de nouveaux biens et l’obsolescence rapide des produits afin d’obliger à les remplacer.

Pouvons-nous imaginer conserver un objet usuel pendant toute notre vie ? Est-il envisageable d’acheter un matériel fait pour durer, qui soit prévu pour être réparé en cas de panne, et dont les pièces d’usure soient remplaçables ? Ce n’est certes pas le monde dans lequel nous vivons actuellement.

On peut remarquer que plus un objet est « high-tech », moins on a de chance qu’il fonctionne longtemps, et moins il est réparable. Pensez-vous que les magnifiques voitures d’aujourd’hui, bourrées d’électronique, rouleront encore dans vingt ans ? Alors que si vous récupérez une voiture d’il y a 50 ans, vous avez toutes les chances de pouvoir la remettre en état, de remplacer les pièces défectueuses et de l’utiliser sans histoires pendant des années. Votre smartphone qui était tout neuf il y a dix ans, a déjà été remplacé deux fois …

Même les ustensiles les plus simples, sont fabriqués dans l’optique de ne durer que peu de temps, ils sont de piètre qualité, vendus bon marché et jetés sans état d’âme.

Alors se détourner du jetable, rechercher des produits de qualité faits pour durer et pour être réparés si nécessaire, c’est aussi reprendre le contrôle de notre existence et diminuer notre dépendance au système économique.

L’alimentation

C’est en analysant la relation du monde moderne à l’alimentation que l’on voit avec le plus d’acuité à quel point le lien entre les humains et la nature a été rompu. Aujourd’hui, pour l’immense majorité des habitants du monde occidental, se nourrir est devenu complètement déconnecté des produits de base utilisés pour fabriquer les repas. L’aliment est devenu un produit industriel, préparé avec des ingrédients médiocres issus eux-même d’une agriculture industrielle, emballé, prêt à consommer, à la saveur standardisée, sans qualité nutritive, destiné à être avalé rapidement en pensant à autre chose.

Qu’y a-t-il réellement dans ces produits ? Personne ne s’en soucie : il y a sûrement des normes, des vérifications de qualité, si c’est dans les rayons du supermarché, c’est que c’est bon à manger. La déresponsabilisation est totale, et les effets sur la santé sont catastrophiques. Quand faire la cuisine se limite à lire les étiquettes et que le critère de choix n’est que de savoir si l’on aime ou pas, alors les humains ne sont plus que des consommateurs manipulés par la publicité et tenus captifs par les composants addictifs utilisés lors de la fabrication.

Le rapport à la nature est perdu, la destruction des sols et des écosystèmes ainsi que la pollution engendrées par l’agriculture intensive sont ignorées. On consomme de la viande sans songer qu’il s’agit de la chair d’un animal qui a été élevé dans des conditions atroces et tué dès qu’il a atteint le poids requis.

On veut manger la même chose toute l’année, sans considération des saisons, les ingrédients nécessaires vont donc traverser le monde ou bien être cultivés dans des serres chauffées pour satisfaire le client, générant toujours plus de pollution, consommant toujours plus d’énergie.

L’alimentation moderne est complètement dépendante des énergies fossiles. L’agriculture intensive requiert des quantités toujours plus importantes de fertilisants et de pesticides et repose sur l’utilisation de machines. Les produits agricoles sont ensuite transportés vers les lieux de transformation, parfois à l’autre bout du monde, et soumis à des traitements industriels pour les préparer. Ils sont emballés à grand renfort de plastique puis à nouveau transportés vers les espaces de distribution. Le consommateur devra se déplacer en voiture vers des centres commerciaux excentrés et revenir chez lui pour stocker ses courses et les conserver grâce à l’électricité. Enfin, le four à micro-ondes permettra de réchauffer un plat sans en avoir rien préparé soi-même.

Se passer de nourriture industrielle, c’est reprendre le contrôle de son alimentation, retrouver le plaisir de cuisiner et manger sainement.

La voiture

L’organisation de notre société est axée autour de l’utilisation de la voiture individuelle. L’urbanisation est pensée en fonction de la voiture, le maillage routier, en étoile autour des grandes villes pousse les gens à habiter de plus en plus loin et à faire de plus en plus de route pour aller travailler ou faire les courses. Les abords des métropoles sont de vastes embouteillages qui ne font que s’aggraver au fur et à mesure que de nouveaux axes sont construits.

Vivre à la campagne est simplement impossible sans voiture. Il n’y a que dans les grandes métropoles que l’on peut arriver à s’en passer.

La voiture est source de campagnes publicitaires omniprésentes, pour nous inciter à en acheter une nouvelle, plus grosse, plus confortable, plus sûre, mieux équipée, hybride, électrique.

La voiture ne se répare plus, elle s’entretient et elle se change avant d’être usée.

La voiture est un gigantesque gâchis écologique et social dont on ne peut plus se passer.

Acheter une voiture d’occasion légère, minimiser son utilisation et rouler tranquillement sont quelques pistes pour tenter d’en réduire notre dépendance.

Gagner du temps

Le progrès technique nous permet de nous affranchir de tâches fastidieuses ou pénibles, et nous pouvons utiliser ce temps gagné pour d’autres activités. Mais est-il vraiment souhaitable de ne plus rien faire de ses mains, de ne plus se déplacer à pied ? N’y a-t-il pas un juste milieu à trouver ?

Et ce temps retrouvé, à quoi est-il utilisé ? N’est il pas plutôt perdu au bout du compte ? Les heures passées devant les écrans de télévision, d’ordinateurs, de tablettes, de téléphone, de jeux vidéos, viennent-elles enrichir notre vie ? Ne serait-il pas plus profitable de marcher, de faire la cuisine, de jouer avec nos enfants, d’avoir des projets créatifs, de s’occuper d’un jardin ?

Notre vie sociale a-t-elle gagné quelque chose de ce temps économisé ? Est-ce que l’on s’investit plus dans des associations, dans des causes humanitaires, dans la protection de l’environnement ? Ou bien se contente-t-on de cliquer sur un bouton en se donnant bonne conscience ?

Si le temps gagné devient oisif, alors la tentation est grande de l’utiliser pour consommer, pour nourrir encore le système économique destructeur. N’est-ce pas justement la finalité de ce que l’on nous vend comme un progrès, que de nous inciter à acheter toujours plus de produits inutiles ?

Il est aussi possible de travailler plus avec ce temps gagné, peut-être pour gagner plus d’argent, probablement pas … Le système y trouvera très bien son compte.

Reprendre la maîtrise du temps qui passe, des tâches que l’on souhaite faire ou pas, de la vitesse à laquelle on veut les effectuer, du temps que l’on accepte de consacrer à « gagner sa vie » est essentiel pour reprendre le contrôle de sa vie.

Redonner du sens

Nous ne sommes que de tout petits rouages dans la grande mécanique de l’économie mondialisée. Nous gagnons l’argent nécessaire pour tenir notre place, pour consommer sagement ce que l’on attend de nous. Nos loisirs sont intégrés dans le système et dûment facturés, toute notre vie suit les rails qui nous ont été attribués.

Mais quel est le sens de tout ça ? Avons-nous encore le choix, pouvons-nous décider de notre avenir ?

Reprendre le contrôle de notre vie en se détachant petit à petit du système, c’est redonner du sens à notre existence, c’est retrouver l’envie de faire, c’est apprécier les choses simples et retrouver sa place dans la grande organisation du vivant.

Pour faire cela, nous allons devoir étudier notre mode de vie, en rechercher les dépendances les plus importantes au système, trouver des solutions pour les réduire et réorienter notre vie dans la direction que nous aurons choisie.