Qu’entend-on par autonomie ?
Il ne s’agit pas d’autarcie, ni de survivalisme, mais de construire une organisation qui ne consomme pas plus de ressources que la Terre ne peut en produire, qui s’intègre dans un système respectueux du vivant et qui offre aux générations futures la possibilité d’une vie de qualité dans un environnement préservé.
Il s’agit de se détourner de la société industrielle qui n’est pas viable sur le long terme, qui détruit l’environnement et les équilibres naturels, et qui va maintenant jusqu’à mettre en péril la survie même de l’humanité.
Nous devons trouver un autre mode de vie, moins gourmand en ressources et en énergie, plus respectueux de la nature et qui garde le long terme à l’esprit.
Pour cela, nous commencerons par analyser notre mode de vie pour dégager les principaux points de dépendance au système industriel, ce qui nous permettra ensuite de rechercher des solutions pour arriver à s’en défaire.
Analyse de la situation
Nous allons passer nos habitudes de vie à travers quelques critères permettant de mettre en évidence leur degré de dépendance au système industriel.
Tout d’abord, comment reconnaître un produit issu de l’industrie ? On pense d’abord au « high-tech » et à la production en grand nombre. On peut considérer que tout ce qui s’achète emballé dans du plastique est passé par un processus industriel. Mais il y a aussi ce qui traverse le monde avant d’arriver chez nous, bien que non emballé, comme les kiwis de Nouvelle-Zélande ou les bananes.
Les achats en grandes surfaces sont les plus susceptibles d’être liés à l’industrie, la vente en ligne n’est pas à rejeter, elle peut parfois permettre de trouver des biens de qualité, mais la relation personnelle avec le producteur, le fabricant ou le vendeur reste le moyen le plus sûr de connaître la provenance de nos achats.
Une fois détectée l’origine industrielle, nous pouvons déterminer de quelle façon nous en sommes dépendant :
Vital : | Quel est le degré d’importance ? Est-ce vital ou pouvons-nous facilement nous en passer ? |
Fréquent : | Quelle est la fréquence d’utilisation ? En avons-nous besoin tous les jours ou plutôt rarement ? |
Lointain : | Quel est le degré de proximité ? Pouvons-nous nous approvisionner localement ou pas ? |
Si nous avons quotidiennement besoin d’un produit vital et qu’il vient de l’autre bout du monde, alors il sera intéressant de chercher à le remplacer en priorité.
L’alimentation
Changer son alimentation est souvent la première chose qui nous vient à l’esprit quand on cherche à modifier son mode de vie pour une attitude plus respectueuse de notre planète.
On voit en effet tout de suite ce qu’est une alimentation industrielle, à base de plats tout préparés, de boissons gazeuses, de gâteaux et de confiseries.
Une fois le constat effectué, il faut passer aux actes, ce qui peut avoir comme conséquence une remise en cause de toutes nos habitudes. Il va falloir en effet changer d’alimentation, abandonner la facilité pour préparer nous-mêmes nos repas. Ce qui va demander de l’apprentissage, la bonne cuisine ne s’improvise pas, du temps de préparation, mais aussi de trouver où acheter les denrées répondant aux normes que l’on s’est fixé. Il va falloir quitter le monde confortable du supermarché et retrouver les marchés, les épiceries, ou les maraîchers.
Cela va nous permettre de redécouvrir les saisons, d’apprendre que les légumes ne se limitent pas aux carottes, courgettes, tomates et choux fleurs, qu’il existe des fruits récoltés dans notre région et que la viande est la chair d’un animal qui a été tué pour nous nourrir.
Nous allons aussi prendre conscience des différents mode de production, apprendre à éviter l’agriculture intensive qui produit en quantité des aliments insipides et chargés de pesticides, en détruisant la terre qui nous nourrit.
En commençant par faire l’inventaire de nos stocks, nous allons pouvoir réaliser concrètement le type d’aliments que nous consommons. Si l’on constate que nous avons dans les placards des plats tout préparés, du riz, des pâtes, des paquets de gâteaux, de la pâte à tartiner, des viennoiseries, des canettes de soda, du chocolat et du café, et dans le réfrigérateur du jambon, des crèmes desserts, du fromage sous plastique et des bananes alors on peut en déduire que notre dépendance à l’industrie agro-alimentaire est importante.
Un moyen simple de faire le tri dans les achats est d’éviter tous les produits préemballés.
Face à l’importance des changements nécessaires, il est souhaitable de se concentrer d’abord sur les produits d’alimentation vitaux, c’est à dire les fruits, légumes, céréales et légumineuses. Il est simple de s’en approvisionner localement et en agriculture biologique. Cela permet de démarrer facilement, de trouver des sources d’approvisionnement et de les comparer, de se familiariser avec la vente en vrac et de s’équiper en récipients pour le stockage.
Concernant les produits animaux, nous devons d’abord réfléchir à leur utilité dans un régime équilibré et à l’impact que l’élevage et la pêche ont sur les déséquilibres écologiques. Un apport modéré de produits d’origine animale n’est pas incompatible avec nos objectifs. Mais là aussi, il faut savoir choisir avec soin nos producteurs et refuser toute transformation industrielle.
Quand on arrête d’acheter des aliments industriels, on se rend compte rapidement que l’on mange beaucoup mieux, mais que l’on fait aussi des économies. Car les produits transformés sont toujours plus chers que les produits de base. De même, les produits de saisons sont bien meilleur marché que ceux qui sont produits artificiellement dans des serres chauffées, ou bien qui traversent la moitié du monde avant d’arriver chez nous. On peut alors s’approvisionner en aliments biologiques sans dépenser plus.
Concernant les aliments non essentiels, comme le thé, le café, le chocolat, les épices …, il n’est pas nécessaire de s’en priver. Il sera bon de privilégier des filières équitables proposant des produits les plus naturels possibles, respectueuses de l’environnement et qui ne soient pas au détriment des ressources alimentaires des pays de production. Il est possible dans une démarche ultérieure, de rechercher d’autres produits locaux qui puissent leur être substitués, en utilisant par exemple des condiments différents, en remplaçant thé ou café par une autre boisson…
Se réapproprier son alimentation, c’est aussi se défaire d’un conditionnement effectué par l’industrie agro-alimentaire qui veut nous faire croire que cuisiner est compliqué et qu’elle seule peut nous fournir des repas diversifiés. Quand on comprend que ce n’est pas vrai, alors il devient possible de se préparer toutes sortes de plats élaborés, à partir des ingrédients de base, pour un coût modique et une grande satisfaction.
L’eau
L’eau, qui nous semble si abondante, si naturelle, n’est en réalité dans nos pays industrialisés, qu’un produit industriel. Il n’existe plus d’eau potable. La pollution l’a rendue impropre à la consommation, elle doit être traitée pour être considérée comme acceptable, mais elle contient encore quantité de résidus chimiques.
Utiliser de l’eau en bouteilles ne peut pas être une solution viable pour l’avenir, alors nous sommes obligés de faire avec les services d’eaux.
Pour réduire notre participation à la pollution généralisée, il est nécessaire de supprimer tout rejet polluant dans les eaux usées. D’abord en utilisant des produits ménagers et de toilette entièrement biodégradable, ensuite en limitant les eaux polluées par les déjections. 95 % de la pollution domestique est due aux eaux vannes, c’est à dire les eaux utilisées dans les toilettes. Si l’on utilise des toilettes sèches, l’évacuation des déchets par la chasse d’eau est supprimée, les matières fécales sont ensuite compostées et participent à l’enrichissement de la terre. Les eaux usées restantes – appelées eaux grises, non contaminées, sont utilisable directement pour l’irrigation.
La réduction de la quantité d’eau en provenance des services d’eaux peut se faire en utilisant des toilettes sèches, en récupérant l’eau de pluie pour l’arrosage et les usages extérieurs, les eaux grises pour l’irrigation, et en ayant une consommation responsable pour les besoins domestiques.
L’électricité
L’électricité est utilisée sans compter dans la vie quotidienne. Elle semble aussi naturelle que l’air que l’on respire. Avec elle, les choses vont vite, plus besoin d’attendre, pas d’effort à faire, il suffit d’appuyer sur le bouton. Bientôt, tout sera programmable, piloté par un assistant virtuel qui décidera à notre place.
L’électricité est partout dans la cuisine : le four, le réfrigérateur, les plaques chauffantes, la cafetière, la bouilloire, le mixer, le robot à tout faire et même l’ouvre-boite. La durée de fonctionnement de tous ces éléments n’est que de quelques années, et il faudra les remplacer.
Ceux qui font leurs yaourts utilisent une yaourtière électrique, ceux qui font leur pain une machine à pain électrique.
Acheter des ustensiles de cuisine manuels devient difficile, ça ne se fait plus …
L’électricité est le symbole de la vie industrialisée, tous les objets qui l’utilisent sortent d’une usine, et la production de l’électricité est issue d’un processus industriel lourd et complexe. Qu’elle vienne d’une centrale nucléaire, d’un barrage hydroélectrique, d’une éolienne ou de panneaux solaires, rien ne peut se faire sans la puissance de la production industrielle.
Il n’existe pas d’électricité propre. Pour une centrale nucléaire ou un panneau photovoltaïque, la fabrication des éléments nécessaires à la production d’électricité requiert des ressources non renouvelables, consomme d’importantes quantités d’énergie et génère de la pollution. Le stockage de l’électricité issue de sources intermittentes (éolien, solaire) est effectué à l’aide de batteries qui sont elles aussi consommatrices de ressources limitées. Enfin, tous les objets électriques sont fabriqués en utilisant aussi d’importantes quantités de produits non renouvelables, avec en particulier le problème des batteries qui les équipent.
Il est donc indispensable de limiter l’utilisation d’éléments électriques si l’on veut réduire notre impact destructeur sur la planète. Il va falloir se séparer des tous les gadgets inutiles et se concentrer sur l’essentiel, là où l’utilisation de l’électricité apporte réellement un mieux dans notre vie. Quand une solution « low-tech » existe, nous allons systématiquement la privilégier. C’est une recherche de simplicité et de durabilité.
Nous pouvons enfin avoir une influence sur la consommation d’électricité restante en choisissant un fournisseur d’électricité issue de sources renouvelables. Cela permettra de réduire les dommages pour l’environnement.
Le chauffage
Une bonne part de l’énergie que nous consommons est utilisée pour chauffer notre domicile. Avant d’envisager de changer de mode de chauffage, la première démarche consiste à améliorer l’isolation des locaux. C’est indispensable si l’on veut limiter notre dépendance énergétique. Il existe des solutions écologiques d’isolations saines et efficaces. C’est un investissement qui en vaut la peine.
Modifier le système de chauffage peut s’avérer compliqué sans effectuer de grosses modifications structurelles. Si cela ne semble pas réaliste, il pourrait être préférable de changer d’habitation pour en trouver une qui soit mieux adaptée à nos besoins.
Le soleil est une source de chaleur gratuite et inépuisable, il faut en profiter au maximum pour limiter les besoins d’apport extérieur. Une maison bien construite et bien isolée peut ne nécessiter que de faibles appoints en énergie pour être d’une température confortable. Pour réduire notre dépendance au système industriel, l’idéal est de ne pas avoir à chauffer du tout !
Nous essayerons ensuite de ne pas utiliser d’énergies fossiles pour alimenter notre chauffage. Le gaz et le fioul sont à éviter. L’électricité, quelque soit son procédé de production, reste éminemment dépendante du système industriel. Une utilisation modérée de bois dans un poêle à haut rendement paraît la solution la moins mauvaise. Mais l’industrialisation de la production de bois est aussi un risque pour l’équilibre écologique et la biodiversité. Les fumées générées par la combustion ne sont pas non plus sans danger pour la santé et pour la planète.
Mieux vaut donc faire en sorte de limiter au maximum les besoins en chauffage pour s’extraire du système industriel et réduire les dégâts dont nous sommes responsables.
L’eau chaude
L’eau chaude est un luxe dont on peut difficilement se passer aujourd’hui. Une bonne douche bien chaude a d’autres significations que celle de se laver. Car il est tout à fait possible de se laver correctement sans passer quelques minutes sous un flot d’eau chaude. Si l’on considère objectivement que c’est un moment de luxe, cela permet de relativiser son statut et d’envisager plus sereinement l’hypothèse où l’on devrait s’en passer.
Utiliser une chaudière produisant de l’eau chaude à la demande est lié à l’utilisation d’énergies fossiles. Il est possible de s’organiser pour chauffer de l’eau en utilisant des énergies renouvelables, chauffe-eau solaire ou bouilleur à bois, puis de la stocker dans un ballon avec une bonne isolation thermique et de l’avoir à disposition quand on le souhaite. Une fois la réserve vidée, il faut attendre les conditions permettant de la remplir à nouveau. Ainsi, nous pouvons continuer à profiter des joies de l’eau chaude, avec un peu plus de parcimonie, tout en limitant notre utilisation des ressources de la planète.
Les produits d’entretien
Faire le ménage, la lessive et la vaisselle en se passant des produits ménagers industriels semble difficile, notre dépendance étant ancrée dans des dizaines d’années de matraquage publicitaire.
Pourtant, en réduire drastiquement la quantité n’est guère compliqué. Il existe deux produits qui permettent de couvrir la plupart des besoins ménagers : le savon de Marseille et le vinaigre blanc.
Le savon de Marseille naturel artisanal est utilisé pour nettoyer la vaisselle, le linge, se laver les mains … On peut l’acheter en bloc solide sans emballage, ou directement sous forme liquide pour la lessive.
Avec le vinaigre blanc dilué dans l’eau, on nettoie, désinfecte du sol au plafond. Il est aisé de s’en procurer en amenant ses propres contenants dans les magasins proposant des produits en vrac.
Tout le reste n’est que de la poudre aux yeux commerciale, onéreuse, sous emballage plastique et polluante.
Les produits de toilette
Comme pour les produits d’entretien, il s’agit avant tout de se défaire de l’idée profondément marquée que l’industrie est indispensable pour une bonne hygiène. Quand on regarde les rayonnages de supermarchés, on est submergé avant tout par le plastique et les images publicitaires. C’est à celui que se démarquera en étant le plus visible, en ayant un ingrédient supplémentaire totalement inutile mais très vendeur, en ayant un contenant différent. C’est le royaume du superficiel, de l’apparence, du vide.
Pour s’affranchir de tous ces produits, nous allons éliminer tous les articles vendus dans des contenants en plastique.
Il nous reste alors quelques produits solides : savon, shampoing et dentifrice, qui feront très bien l’affaire et couvriront tous nos besoins de soins corporels. En privilégiant une origine artisanale, nous aurons réussi à supprimer notre dépendance à l’industrie et à des produits nocifs pour l’environnement.
Les ustensiles de cuisine
Les articles de mauvaise qualité, très peu utiles et vite jetés ont envahi toutes les facettes de notre vie et la cuisine ne fait pas exception. Que ce soit les outils très spécialisés que l’on utilise une fois par an ou ceux du quotidien que l’on remplace au bout d’une poignée d’années, la cuisine est remplie d’accessoires électriques en plastique sensés nous rendre la vie plus facile. C’est là encore le règne de l’obsolescence programmée, tout doit participer à activer le système économique, il faut acheter du neuf pour faire tourner les usines.
Quant aux ustensiles mécaniques achetés en supermarché, leur piètre qualité est à la mesure du prix auquel on les achète. Les poêles anti-adhésives sont inutilisables en quelques années, les manches des casseroles finissent par se décrocher, les passoires métalliques se déchirent, les couteaux cassent au moindre effort, tout cela nous semble presque normal.
Pourtant, si l’on regarde d’un autre œil ce gâchis, il est possible de retrouver une cuisine efficace, avec des outils pérennes et bien conçus. Pour cela, nous commençons encore une fois par nous débarrasser de tous les gadgets inutiles, puis par acheter des ustensiles de qualité, ou mieux, par retrouver ceux utilisés par nos grands-parents, qui étaient faits pour durer, et qui nous surprendront par leur praticité.
Faire la cuisine avec de bons outils, délestés du clinquant de la modernité éphémère, en prenant le temps de bien faire, avec des aliments de qualité, cela participe à la volonté de se réapproprier son alimentation et de se libérer des attraits factices de la société industrielle.
Les vêtements
On a tendance à oublier que l’habillement participe aussi à l’industrialisation galopante et à la destruction des milieux naturels.
Une grande quantité de vêtements est fabriquée à base de produits pétroliers, que ce soit par l’utilisation de fibres synthétiques ou par le recyclage des plastiques (polaires). Ces matières sont composées de ressources non renouvelables et ne sont pas recyclables si plusieurs types différents de fibres sont mélangés. De plus elles génèrent des microparticules de plastique qui polluent l’ensemble de la planète, et particulièrement les océans.
Concernant les fibres naturelles végétales comme le coton, elles sont issues de cultures intensives particulièrement consommatrices de pesticides, d’engrais et d’eau, et indirectement de pétrole pour leur production.
L’industrie textile est aussi très friande de délocalisation et de déplacements à travers le monde, ainsi que d’exploitation de main-d’œuvre.
Enfin, c’est un secteur où la mode est reine, où les habits d’un jour sont fait pour être démodés le plus vite possible afin d’encourager de nouveaux achats, c’est le royaume du prêt à jeter. Les vêtements ne servent plus qu’accessoirement à se vêtir, et principalement à paraître.
Il est possible de se détourner de ce manège futile et vain, d’acheter quelques habits de qualité en étant attentif à leur constitution et à leur provenance, et de retrouver le plaisir d’un vêtement confortable et naturel. La Terre y gagnera, et notre porte-monnaie aussi.
Les transports
Notre société est celle de la mobilité. Il est tout à fait normal de faire chaque jour plus d’une heure de trajet pour se rendre à son travail et en revenir, généralement seul dans sa voiture et parmi d’autres milliers de personnes dans le même cas. Nous allons faire nos courses dans des supermarchés dont la surface des parkings est supérieure à celle du magasin. Les transports en commun permettent parfois de se rendre à son travail, si l’on habite et travaille dans une même grande ville, au prix d’heures passées dans l’inconfort et la promiscuité.
La voiture est un symbole de la société industrielle, par sa fabrication aux sous-traitants mondialisés, par sa consommation d’essence (ou d’électricité) et par la construction et la maintenance du réseau routier (le bitume est fait de pétrole).
La voiture est le sésame pour l’indépendance, sans elle nous sommes condamnés à l’immobilité. Se déplacer en voiture est si simple, si rapide et guère onéreux. Mais est-ce si réel que ça ? Si l’on comptabilise dans la durée du trajet, non seulement le temps passé dans la voiture, mais aussi le temps passé à travailler pour payer ce transport, on se rend compte que la rapidité est toute relative1. Pour prendre un exemple, supposons que nous gagnons 2 000 € par mois, soit 160 heures de travail, que nous avons acheté une voiture 10 000 € et que nous la gardons 10 ans, que nous payons en assurance, frais de garagiste et contrôle technique 1000€ par an, que la consommation en essence est de 10 € pour 100 km, que nous effectuons 15 000 km par an, alors notre voiture nous coûte chaque année : 1000 € (achat) + 1000 € (frais) + 1500€ (essence) = 3500 € soit 280 heures de travail. Supposons que nous effectuons les 15 000 km à la vitesse moyenne de 50 km/h, cela nous prend 300 heures. Nous travaillons donc autant de temps pour payer notre voiture que nous passons de temps à l’utiliser. Dit d’une autre façon, un trajet qui dure 1 heure, nous prend en réalité 2 heures de notre temps. Ou encore, nous roulons en moyenne à 25 km/h, ce qui relativise la rapidité de déplacement en voiture…
Bien entendu, cela ne change rien au fait que la voiture soit incontournable dans notre société. Pour réussir à réduire son utilisation, il va nous falloir réorganiser notre vie. Si c’est notre travail qui nous oblige à effectuer le plus de trajets, nous allons devoir trouver un logement permettant de s’y rendre sans voiture (à pied, en vélo, en transports en commun), ou bien nous allons devoir changer de travail.
Si nous avons 2 voitures dans la famille et que nous arrivons à trouver une organisation permettant de n’en avoir plus qu’une, ce sera un gain appréciable.
Dans tous les cas, il est souhaitable de réorganiser notre existence afin de limiter nos besoins de déplacements et de rechercher des solutions de proximité.
Quand nous avons réduit au mieux notre dépendance à la voiture, essayons de l’utiliser de manière à réduire au mieux les destructions causées à l’environnement : une petite voiture sobre en électronique et économe en essence, que nous garderons le plus longtemps possible et que nous conduirons tranquillement.
En ce qui concerne les déplacements de loisirs, l’idée que la Terre est une petite planète dont chaque endroit est accessible grâce à l’avion est un concept de riche occidental qui ne se soucie pas des effets destructeurs du transport aérien sur notre climat et sur les ressources mondiales.
Le numérique
Le numérique a envahi notre vie depuis une vingtaine d’années. Ceux qui ont moins de 40 ans auraient du mal à imaginer un monde sans internet ni téléphone portable. Le numérique est devenu un des premiers consommateurs d’énergie au monde, et un des secteurs les plus polluants et destructeurs. Nous sommes bien loin de nous rendre compte de cela quand nous envoyons un mail, quand nous faisons une recherche sur internet, ou quand nous regardons une vidéo.2
La consommation électrique liée à l’utilisation d’internet est partagée en trois : 30 % pour le terminal (ordinateur, smartphone), 30 % pour les data centers qui hébergent les données et 40 % pour le réseau qui véhicule ces données. C’est à dire que 70 % sont liés aux données que l’on sollicite.
Le simple envoi d’un mail avec une pièce jointe de 1Mo consomme l’équivalent de 30W (une ampoule forte puissance) pendant une heure. Les pages internet sont de plus en plus gourmandes en ressources, la prolifération des vidéos en ligne est une catastrophe énergétique, l’écoute de musique en streaming est aussi polluant que le pressage de CD.3
De plus, l’augmentation des débits va de pair avec une augmentation de la quantité de données transmises.
Tous les matériels utilisés à tous les niveaux (terminaux, data centers, routeurs) sont des produits de haute technologie très gourmands en ressources non renouvelables, leur durée d’utilisation est réduite (un smartphone est changé en moyenne tous les 2 ans) et le recyclage inexistant car beaucoup trop complexe à mettre en œuvre.
Pour stopper cet escalade énergétique, nous devons d’abord modifier nos habitudes d’utilisateur. Nous allons bannir l’utilisation du streaming audio et vidéo, que ce soit par les sites internet (Youtube …) ou par les abonnements (Spotify, Netflix …). La réception de la télévision doit se faire en télédiffusion/broadcast (TNT) en non en streaming (box). Pour écouter de la musique, nous privilégions l’écoute de la radio FM (pas de streaming internet).
Sur internet, nous utilisons des bloqueurs de publicité, qui permettent de limiter la quantité de données en transit. Certains navigateurs (Opera, Brave …) intègrent directement cette fonctionnalité ; pour les autres, il suffit d’installer une extension comme uBlock Origin.
Le smartphone est un ordinateur à part entière, nous appliquons les mêmes principes en ne l’utilisant que là où il est utile et en désinstallant tout ce qui ne l’est pas. Nous prenons l’habitude de désactiver la géolocalisation, le wifi, le bluetooth et les données mobiles quand on ne les utilise pas.
Nous allons aussi prêter attention aux matériels que nous utilisons. Le téléphone n’a pas besoin d’être changé tous les 2 ans, nous l’utiliserons le plus longtemps possible, en remplaçant la batterie quand celle-ci sera hors d’usage. Les ordinateurs peuvent aussi durer des années, ils sont réparables, il n’est pas nécessaire d’en augmenter la puissance indéfiniment pour un usage familial (bureautique, navigation internet, traitement d’images, écoute musicale …).
Pour cela, il faudra sans doute se détourner des systèmes Windows qui vous obligent à acheter un nouvel ordinateur à chaque changement de version. Les systèmes Linux sont matures, simples à installer et à utiliser, et proposent tous les logiciels usuels. Il existe des déclinaisons du système qui sont assez légères pour fonctionner de façon très satisfaisante sur un ordinateur de 15 ans d’âge. Pour les néophytes, une installation Ubuntu est un bon départ, en déclinaison Lubuntu ou Ubuntu Mate pour une version légère.
Un autre mode de vie
Sortir de notre situation d’acteur passif du système industriel n’est finalement pas si compliqué que cela. Cela demande avant tout une remise en question de notre mode de vie. Quand on prend conscience de l’absurdité de bien des choses qui vont de soi, quand on réalise que le gaspillage énergétique inouï sur lequel repose notre vie moderne ne pourra pas durer éternellement, alors on se rend compte qu’un autre chemin est possible, qui ne se détourne pas des bienfaits du progrès mais qui tente d’en éviter les travers.
Quand s’achèvera l’ère du pétrole abondant et bon marché, il faudra trouver un moyen de remplacer 80 % des ressources énergétiques fossiles pour conserver notre style de vie actuel. Ce ne sera pas possible. Si l’on ne souhaite pas tout perdre dans un effondrement probable du système, alors il faut rapidement réduire de façon très importante notre consommation d’énergie.
La voie de la sobriété, de la simplicité, permet de se positionner comme un citoyen responsable, qui ne gaspille pas les ressources épuisables de la Terre et cherche à préserver une vie agréable et heureuse à nos enfants dans les décennies à venir.
Se défaire de la dépendance au système industriel nous offre un avenir, nous permet de construire des projets et de retrouver goût à la vie.
Cette première étape sur le chemin de l’autonomie est un commencement. Maintenant, nous allons pouvoir envisager d’avancer plus loin et produire nous même les ressources nécessaires à notre vie quotidienne.
1Idée développée par Dmitry Orlov dans le livre « Absolument positif – essais sur l’effondrement de la civilisation industrielle », mai 2012, traduction française : Tancrède Bastié
2https://fr.wikipedia.org/wiki/Impact_environnemental_du_num%C3%A9rique
3https://lejournal.cnrs.fr/articles/numerique-le-grand-gachis-energetique