Produire son alimentation

Produire quoi ?

Avancer sur le chemin de l’autonomie alimentaire ne peut pas se concevoir sans une remise en cause de nos habitudes alimentaires. La démarche préalable, qui consiste à se défaire de la nourriture industrielle et à consommer des produits locaux et de saison, permet de faire un premier tri. Mais en analysant ce que nous mangeons maintenant, il faut se rendre à l’évidence, nous ne sommes pas prêts à les produire nous-mêmes. Faire pousser du blé pour fabriquer la farine que nous utilisons sans y penser, dans le pain, les pâtes, les tartes … n’est certainement pas à notre portée ! Quant aux légumes que nous achetons, tomates, courgettes, poivrons, choux, salades, etc … ils ont été produits sous serre et nécessitent un travail considérable avant d’apparaître miraculeusement sur les étalages.

Produire les aliments que nous consommons est un métier à plein temps. Si nous voulons progresser vers l’autonomie alimentaire, il n’est pas possible de tout arrêter pour s’y consacrer. Il va falloir faire des choix et des concessions. Choisir ce que l’on va planter en priorité et continuer à s’approvisionner chez les producteurs. Le projet est de longue haleine, à trop vouloir tout de suite, on risque surtout de se décourager.

Autonomie alimentaire ne signifie pas autarcie, il faut connaître les compétences du voisinage et envisager du travail collectif pour les productions qui ne sont pas aisées à effectuer par soi-même (les céréales, le lait …).

Plutôt que de chercher à faire pousser les légumes que nous consommons habituellement, nous aurons intérêt à nous tourner vers les plantes adaptées à notre région, à chercher celles qui se satisfont des conditions climatiques naturelles et à modifier notre alimentation en conséquence. Avant de planter quoi que ce soit, nous allons sélectionner les plantes et les variétés qui se plairont chez nous et qui demanderont peu d’entretien.

Le choix n’est pas de faire pousser ce que l’on veut manger, mais de manger ce que l’on est capable de faire pousser ! Il faut aussi prendre en compte quels sont les aliments indispensables pour une alimentation saine, afin effectuer un choix raisonné des plantes que l’on va faire pousser.

Une alimentation saine

Pour être en bonne santé, il faut veiller à avoir une alimentation saine, diversifiée et équilibrée, apportant les nutriments et minéraux essentiels.

Nombre de problèmes de santé actuels sont liés à l’alimentation moderne industrielle qui est pauvre en nutriments et qui provoque un déséquilibre acido-basique.

Commencer par supprimer sucre blanc, tabac, alcool, café/thé, céréales blanches, huiles raffinées et plats préparés. Puis réduire l’apport en protéines animales.

Retrouver ensuite des aliments sains, vivants, riches en nutriments et minéraux : une alimentation biologique basée sur des fruits et légumes de saison, fruits secs et fruits séchés, légumes-racines, légumes verts, graines germées, herbes aromatiques, produits fermentés (lait fermenté, lacto-fermentation…), céréales complètes, acides gras poly-insaturés (huile de colza, huile de noix par exemple), huile d’olive pour la cuisson.

Produire ses aliments, suivre les saisons, avoir une alimentation vivante et manger diversifié nous amène naturellement sur la voie d’une alimentation saine.

Choisir ses plantes

La sélection doit se faire en fonction des conditions climatiques locales, mais aussi du temps que nous pourrons y consacrer. Les plantes vivaces sont celles qui demanderont le moins de travail. Nous allons donc commencer par choisir les arbres, arbustes et plantes vivaces que nous voudrons implanter sur notre terrain. Il existe une littérature abondante pour nous permettre de nous y retrouver et préparer notre sélection.

Parmi celle-ci, on peut citer :

  • La forêt-jardin de Martin Crawford, éditions Ulmer.
  • Plantes comestibles édité par Plants For A Future.
  • Vivre avec la Terre de Charles et Perrine Hervé-Gruyer, éditions Actes Sud – Ferme du Bec Hellouin.
  • Le potager perpétuel de Philippe Collignon et Bernard Bureau, éditions Ulmer.
  • Mon potager de vivaces de Aymeric Lazarin, éditions Terre Vivante.

Ces livres permettent à la fois de connaître les plantes adaptées à nos régions, mais aussi le type de sol, la tolérance à l’ombre et au soleil, le type de pollinisation, les périodes de récolte, les parties utiles (feuilles, fleurs, tiges, racines, tubercules …), leur mode de consommation ou d’utilisation …

En ce qui concerne les plantes non vivaces, elles disparaissent après la reproduction. Il faut donc récolter les graines afin de les replanter l’année suivante. Certaines sont annuelles (cycle dans l’année), d’autres bisannuelles (cycle sur 2 ans). Les plantes bisannuelles produisent en général les parties comestibles la première année, il faut donc laisser une partie de la production poursuivre son cycle pour pouvoir en recueillir les graines la 2ème année. Il sera alors utile de s’intéresser aux plantes qui se resèment spontanément.

Nous allons établir une liste des plantes choisies en renseignant des informations pour chacune afin de permettre ensuite de préparer un plan de nos futures plantations.

  • Nom : Nom d’usage, qui peut être multiple ou peu précis.
  • Nom latin : Indispensable pour s’assurer qu’il s’agit bien de la plante choisie lors de l’achat.
  • Type : Arbre, arbuste, couvre-sol, vivace, annuelle.
  • Zone de rusticité : Une zone de rusticité est une zone géographique dans laquelle une catégorie spécifique de plante est capable de vivre, c’est-à-dire de supporter les températures minimales hivernales de cette zone. 1
  • Exposition : Soleil, ombre légère, ombre modérée, ombre.
  • Tolérance à l’ombre : Importante, modérée, légère, non.
  • Sol : Indifférent, drainé, frais, humifère, humide, acide, riche, abrité
  • Auto-fertile : oui, non, pollinisation croisée
  • Accumulateur de minéraux : Ce sont des plantes qui possèdent des racines s’enfonçant profondément dans le sol et donc capables d’aller chercher des minéraux inaccessibles aux autres végétaux. Ces éléments s’accumulent dans leurs racines, tiges, feuilles et fruits.
  • Fixateur d’azote : Certaines espèces ont la capacité de capter directement l’azote de l’air et le rendent ensuite disponible par leurs racines aux autres végétaux situés à proximité.
  • Haie : Les plantes qui peuvent produire une haie, ont parfois aussi des propriétés défensives (pour empêcher les intrusions) ou de coupe-vent.
  • Cultivar recommandé : variété de la plante sélectionnée
  • Allélopathie : Interactions bio-chimiques entre les plantes. Celles-ci peuvent être positives ou négatives.

Préparer le plan d’implantation

Prendre le temps de bien penser l’implantation de nos plantes est primordial, particulièrement concernant les arbres et arbustes. S’il est encore possible de déplacer certaines plantes, il en est autrement des arbres, la phase de réflexion est indispensable et ne sera pas du temps perdu.

Les livres La forêt-jardin de Martin Crawford, et Vivre avec la Terre de Charles et Perrine Hervé-Gruyer cités précédemment pourront fournir des éléments précieux pour nourrir la préparation de notre implantation.

Pour prendre de bonne décisions, il est nécessaire de bien connaître le terrain que l’on souhaite investir. Quelles sont les zones ensoleillées et ombragées, comment soufflent les vents dominants, où sont les protections naturelles, où se trouvent les zones les plus froides ou les plus chaudes, où se trouvent les zones les plus sèches ou les plus humides, quel type de terre trouvons-nous à quel endroit ?

Il faut aussi prendre en compte l’existant et le préserver autant que possible, pour cela, nous ferons un inventaire de la flore le plus complet possible.

Pour bénéficier d’un maximum d’informations, l’idéal serait de passer une année à étudier notre terrain d’implantation afin de l’observer en toutes saisons.

Une fois l’analyse effectuée et les informations reportées sur un plan de notre terrain, nous pouvons commencer à dessiner des projets.

Pour cela, la notion de zonage s’avère importante : celle-ci correspond aux zones d’intensité d’utilisation du lieu. Il y a des endroits qui nécessitent des visites régulières et d’autres beaucoup moins fréquentes. Plus la fréquence des soins et des récoltes est grande, plus ils devront se faire à proximité du lieu de vie. Cela nous aide à définir le lieu d’implantation du potager ou de la serre, d’un poulailler (zones proches), des arbres fruitiers (zones moyennes) ou des espaces sans intervention (zones éloignées).

Préparer le terrain

La zone 1, d’utilisation maximale, correspond aux cultures potagères. C’est cet espace qui va demander une préparation méticuleuse pour obtenir des résultats satisfaisants et durables.

Si l’un des principes de la permaculture est de ne pas retourner la terre afin de préserver les équilibres de la vie souterraine, cela s’entend sur une terre prête à la culture. Lorsque nous arrivons sur notre terrain pour commencer nos cultures, il est peu probable que ce soit le cas. Il va falloir éliminer la végétation existante, décompacter la terre et l’amender si nécessaire.

Une première méthode, si l’on a quelques mois pour cela, consiste à recouvrir l’endroit avec un paillage végétal épais. Il permettra d’étouffer les plantes actuelles et de nourrir la terre.

Selon le type de végétation, cela ne sera probablement pas suffisant. Par exemple, les orties, les ronces repousseront. Un travail manuel sera nécessaire pour extirper les racines.

Le nettoyage en profondeur et le décompactage se font à l’aide d’une grelinette qui va nous permettre d’arracher la couche supérieure de végétation, de casser les mottes compactes et de décompacter profondément. Le travail manuel, s’il est long, permet une intimité avec la terre et d’en découvrir toutes ses caractéristiques. Quand chaque poignée de terre est passée entre nos mains, nous nous sentons plus légitimes pour lui demander de nous nourrir.

La terre ne doit pas être laissée à nu. Si les plantations ne se font pas immédiatement, il faut impérativement pailler le terrain préparé afin de lui conserver son humidité, de protéger la vie souterraine et d’empêcher les adventices de l’envahir.

Le paillage est aussi une méthode efficace pour amender la terre.

Le paillage

Le paillage consiste à recouvrir la terre avec une couverture végétale. Diverses solutions sont possibles, en fonction de ce que l’on a à notre disposition mais aussi de ce que l’on a ou l’on va planter dans cet espace.

Le BRF (Bois raméal fragmenté) est fait à partir de rameaux de bois de feuillus fraîchement coupés et broyés.

Les déchets de jardin (herbe coupée, fougères, restes de cultures …) ne sont pas des déchets ! Ils sont un allié précieux du permaculteur. Pailler avec ce que l’on a à portée de main est bien pratique et très efficace.

Le paillage sert à protéger la terre du froid ou de la chaleur, il conserve l’humidité du sol, il protège aussi de l’érosion due à la pluie et au vent. Il permet aussi d’enrichir la terre en lui apportant des éléments nutritifs.

La structure du paillage et son épaisseur sont à prendre en considération selon les plantations. Un épais paillage d’hiver laissera-t-il les semis d’automne germer à travers lui ? Si l’on est obligé d’enlever le paillage pour effectuer les plantations, ne va-t-on pas effectuer du travail inutile et perdre les bénéfices nourriciers ? Un paillage épais est pratique autour de plantes vivaces déjà grandes.

Le paillage attire les oiseaux et les rongeurs. Les oiseaux vont fouiller à la recherche de nourriture et faire voler la couverture végétale aux alentours avec en plus le risque de détruire les fragiles plantules qui seraient en train de grandir. Les rongeurs vont effectuer leurs dégâts souterrains bien à l’abri des prédateurs.

Le plus pratique nous semble être d’utiliser les feuilles mortes, herbes coupées, fougères. Elles sont moins facilement dérangées par les animaux, pratiques à ramasser, et moins accueillantes pour les rongeurs que le BRF.

Pailler les allées du potager est aussi une idée intéressante, cela permet d’empêcher la propagation des adventices, augmente les apports nutritifs et met à disposition du paillage tout prêt pour les petites réparations.

Les éléments nutritifs : carbone et azote

Les deux principaux composés apportés à la terre et aux plantes par les matières organiques sont le carbone et l’azote.

Le carbone permet d’enrichir la terre, l’azote permet aux plantes de grandir.

Le carbone va avoir un effet à moyen et long terme sur la qualité du terrain. Il est essentiel pour conserver une terre fertile et pour produire un humus de qualité.

L’azote va avoir un effet à court terme sur la pousse des plantes. Les matières azotées se dégradent rapidement, elles vont stimuler la vie bactérienne du sol et nourrir les plantes.

Schématiquement, les matières carbonées sont de couleur brune et les matières azotée de couleur verte. Les feuilles mortes des arbres, la paille, l’écorce, la sciure sont carbonés. L’herbe coupée, les feuilles vertes, mais aussi les produits d’origine animale (urine, déjections …) sont azotés. 2

Un paillage avec de l’herbe coupée va amener de l’azote et un paillage en feuilles mortes va apporter du carbone.

Il est important de conserver un équilibre lors de l’amendement des cultures, et particulièrement d’éviter un apport trop important en carbone. En effet, la décomposition des éléments carbonés nécessite de l’azote, et celui-ci pourrait alors ne plus être présent en quantité suffisante pour permettre aux plantes de grandir. On appelle ce phénomène « la faim d’azote ». Celui-ci est particulièrement présent lorsqu’on intègre le paillage dans le sol au lieu de le poser en surface.

En appliquant un paillage carboné à l’automne, il sera suffisamment décomposé au printemps quand les plantations réclameront leur part d’azote et cela permettra d’éviter le risque de faim d’azote.

Le compost

Dans notre système permaculturel, il n’y a pas de déchets. Le paillage est un moyen efficace d’utiliser les restes de coupes qui va protéger et enrichir la terre.

D’autres restes ne sont pas directement utilisables et nécessiteront une transformation afin d’obtenir des matières prêtes à l’emploi. Ceci est particulièrement le cas du contenu des toilettes sèches.

Le compostage est un de ces moyens. De nombreux articles en détaillent le fonctionnement.34

Le principe est une transformation aérobie des matières organiques en un terreau. Le compostage cherche à imiter la transformation naturelle des débris végétaux en humus.

Pour cela, nous allons amasser les restes à composter dans un lieu abrité de la pluie (pour éviter le ruissellement) et clos (pour éviter la dispersion). Il est préférable que les matières soient en contact avec le sol afin de favoriser l’arrivée des décomposeurs (bactéries, champignons, insectes, vers …).

Il est important, pour obtenir un compost de qualité, d’équilibrer les apports de matières azotées et carbonées : urine (azote) et selles (carbone) dans le cas du compostage des toilettes sèches.

Si le stockage du compost en cours de construction s’effectue dans de bonnes conditions (au dessus du sol, pas trop tassé), il ne sera pas nécessaire de l’aérer (avec une fourche).

Au bout de quelques mois, le tas est mis de côté pour le laisser maturer. Nous l’installerons en tas recouvert de paillage et accessible à la pluie. Ce sont les macro-organismes qui terminent la maturation, et ceux-ci ont besoin d’humidité. Ce processus va prendre plusieurs mois. Nous vérifierons le degré de maturation du compost avant de l’utiliser pour amender les cultures. Le compost mûr ressemble à du terreau, on ne voit plus les produits qui ont servi à le constituer.

Le compost arrivé à maturité servira d’amendement pour les sols ou de terreau de rempotage.

Les ravageurs

Quand on a préparé la terre, choisi avec soin des plantes adaptées aux lieux et à nos besoins, que nous les avons plantées et accompagnées pendant leur croissance, il n’y a rien de plus frustrant et décourageant que de voir nos efforts anéantis en quelques instants par des animaux qui trouvent eux aussi notre travail à leur goût.

Se battre contre les insectes, les gastéropodes ou les rongeurs avec des moyens biologiques revient à suivre le même chemin que l’agriculture conventionnelle avec les pesticides, c’est à dire à être en guerre contre la nature. C’est une lutte sans fin dans laquelle il n’y a pas de vainqueur.

Nous allons essayer de composer avec la nature et non de nous battre contre elle.

Dans un premier temps, il s’agit de favoriser le travail des prédateurs naturels à même de limiter la propagation des ravageurs. Notre terrain doit être accueillant pour nos assistants. Pour que les rapaces, hérissons, renards, pies… fassent le ménage, il faut les accepter et comprendre que les inconvénients de leurs présences sont moins importants que les bénéfices.

Nous allons installer des perchoirs à rapaces, des tas cailloux, de bois morts, dégager des zones sur le pourtour afin que les rongeurs soient visibles et vulnérables.

Il faut ensuite laisser le temps à la nature de retrouver un équilibre, ce qui n’est pas toujours compatible avec une exigence de production.

La protection de certaines plantations sera probablement nécessaire, contre les rongeurs ou les cervidés en particulier.

Nous mettons en place des planches de cultures enfermées (sur les 6 côtés) dans du grillage anti-rongeurs, par exemple pour les alliacées qui sont chez nous, les cibles privilégiées des souris.

A moins que notre terrain ne s’y prête, il semble illusoire de vouloir le clore pour empêcher les intrusions de cervidés. Il faudrait l’entourer d’un grillage de plus de 2 mètres de hauteur, ce qui n’est guère esthétique ni aisé. Il est plus simple de protéger chaque plantation d’arbre individuellement en l’entourant d’un grillage.

La production des petits fruitiers est très appréciée des oiseaux, il sera probablement nécessaire de la protéger par des filets. Il est possible aussi d’installer les plantations directement sous des structures grillagées.

Conserver les aliments

Dans notre quête de simplicité, la priorité est de minimiser les besoins de conservation, c’est à dire de consommer le plus souvent possible des produits ramassés juste avant de les préparer. Mais cela n’est pas suffisant pour se nourrir toute l’année, il nous faut aussi penser à mettre en place un stockage de notre production, pour les pommes, les tubercules, les courges et autres légumes de garde … Lors de la sélection de nos plants, le critère de conservation devra être pris en compte.

Nous n’envisageons pas d’utiliser une chambre froide ou des congélateurs pour cela, nous étudions des techniques simples et accessibles avec nos moyens techniques.

Nous avons trouvé d’intéressants renseignements dans le Traité Rustica de la conservation, éditions Rustica.

Dans la terre :

Certains légumes (tubercules) peuvent rester en terre et être extraits au fur et à mesure des besoins. Le risque est qu’ils soient consommés par les rongeurs et autres ravageurs avant nous. Une solution intermédiaire mise en place est de ramasser les légumes en fin d’automne et de les stocker dans des bacs emplis de terre à l’abri des rongeurs. Ceci est adapté pour les topinambours, patates douces, ocas du Pérou, crosnes, capucines et glycines tubéreuses …

Dans un lieu de stockage sec, aéré et à l’abri de la lumière :

D’autres productions comme les pommes de terre et poires de terre peuvent être conservées plusieurs mois dans des bacs en bois aérés. Les courges, chayottes, pommes, radis, oignons, ail le seront sur des étagères ou des claies dans un local frais, aéré et non éclairé.

En séchant :

Un bon séchage des fruits secs, des graines permet de les stocker ensuite pendant longtemps dans des bacs hermétiques. Nous utilisons la chaleur sous plafond de la cuisinière à bois pour effectuer un séchage efficace, par un système de claies installées entre les poutres.

Par lacto-fermentation :

La lacto-fermentation ou fermentation lactique consiste à plonger les aliments dans de l’eau salée. Sans contact avec l’air, les bactéries lactiques vont proliférer en se nourrissant des sucres présents dans les aliments. Quand la teneur en acide lactique atteint un certain seuil, elle arrive à l’équilibre et la fermentation s’arrête. La conservation peut alors se prolonger plusieurs années.

Tous les légumes (ou presque) peuvent être utilisé pour la lacto-fermentation (mais tous ne sont pas forcément bons au goût). Privilégier les choux, carottes, betteraves, concombres, haricots verts, cornichons et oignons.

Par conserve :

La mise en conserve, ou appertisation, consiste à les mettre des aliments dans des récipients étanches à l’air, puis soumis à une température élevée pendant le temps nécessaire à la destruction ou l’inactivation des germes. Il faut donc préparer les aliments, stériliser les contenants, les remplir et les fermer hermétiquement puis stériliser le tout.

La mise en conserve des produits sucrés est simplifiée car c’est la haute teneur en sucre qui garantit l’absence de germes pathogènes, la stérilisation n’est pas nécessaire.

Les pollinisateurs

Les pollinisateurs ne viendront quand on a besoin d’eux que s’ils sont les bienvenus toute l’année.

Il est donc essentiel de maintenir notre terrain attractif à chaque saison à la fois en plantant des variétés mellifères, mais surtout en favorisant la diversité naturelle de l’environnement.

L’installation d’une ruche sur les lieux permet aussi d’augmenter la population des pollinisateurs. Mais il ne s’agit pas de ruches productivistes : privilégier une attitude non intrusive et utiliser de préférence des ruches de biodiversité ou de type Warré qui prennent au mieux en compte le bien-être des abeilles5.

Les animaux domestiques

La présence d’animaux permet d’entretenir le terrain et de le fertiliser (poules, moutons) mais apporte aussi ses contraintes (protection des arbres et des cultures). L’apport d’œufs et de viande peut aussi être bienvenu pour assurer l’autonomie alimentaire.

La force de travail d’animaux de plus grande taille (ânes, chevaux …) demande d’assurer leur alimentation toute l’année, ce qui est une contrainte importante (en surface herbeuse, eau potable …) si l’on souhaite rester autonome dans un environnement permaculturel.

Les chats, chiens peuvent être des auxiliaires utiles pour lutter contre les ravageurs, mais il ne faut pas là non plus négliger leurs besoins en alimentation et notre capacité à la produire.

Les abeilles domestiques peuvent permettre d’améliorer la pollinisation des plantes du potager et des arbres fruitiers, ainsi que de procurer un peu (mais pas trop) de miel.

Les semences

Il n’est pas concevable de rechercher l’autonomie et d’acheter ses semences à l’extérieur (à part quand on démarre l’installation). Il faut donc toujours garder à l’esprit les plantations des années ultérieures.

Un certain nombre de plantes se resèment spontanément, ou repoussent à partir de tubercules laissées en terre. Il est intéressant de connaître ces végétaux et d’en privilégier l’utilisation quand c’est possible.

Les plantes vivaces vivent et produisent plusieurs années, elles sont aussi bien utiles pour notre production alimentaire. Certains plantes sont sensibles au froid intense, il faudra les protéger des gelées, voire les déplanter et les conserver à l’abri pendant l’hiver (comme les poires de terres …).

Les plantes annuelles germent, produisent des graines et meurent dans l’espace d’une seule année. Il est alors nécessaire d’en conserver les graines pour les resemer l’année suivante. Nombre de plantes cultivées sont gélives et meurent l’hiver sous nos latitudes (comme la tomate), ce qui demande aussi, comme pour les plantes annuelles, d’en conserver les graines pour replanter l’année suivante. Les semis se feront souvent en pots et à l’abri du froid très tôt dans la saison afin de laisser le temps à la plante de se développer et de produire ses fruits.

Les plantes bisannuelles accomplissent leur cycle de vie en 2 ans. La première année, la plante développe ses racines, tiges et feuilles. Puis elle entre en dormance pendant l’hiver. Au printemps (ou a l’été) suivant, la tige de la plante grandit fortement, la plante monte en graine. Des fleurs, fruits et graines sont produits. Puis la plante meurt. Ces plantes sont en général vues du point de vue du jardinier comme une plante annuelle. En effet, c’est à la fin de la première année qu’elle produit ses parties comestibles. Par exemple les carottes, panais, radis, betteraves, blettes, brocolis et choux, mâche, navets, oignons, poireaux … sont des plantes bisannuelles. Pour perpétuer la culture de ces espèces, il est donc impératif de permettre à une partie des plantes d’achever leur cycle. Il ne faut pas en récolter la totalité mais en laisser quelques plants, les protéger l’hiver si nécessaire, afin qu’elles grandissent l’année suivante et produisent les graines que l’on prendra alors soin de récolter.

Quand on produit ses propres graines, on est confronté au problème de l’hybridation, c’est à dire à des plantes qui sont fertiles entre elles, qui produisent des graines, qui feront pousser de nouvelles plantes. Celles-ci ne seront pas identiques aux deux premières variétés dont elles sont issues. Cela peut permettre de découvrir de nouvelles plantes aux propriétés intéressantes, mais rien ne le garantit. Dans notre cas, nous souhaitons plutôt produire des aliments que nous connaissons, dont nous sommes sûrs de la comestibilité et des qualités gustatives, de conservation, etc. Il s’agit donc d’éviter l’hybridation.

Hybridation

Une hybridation entre deux plantes est possible si elles font partie de la même espèce. Dans les sciences du vivant, l’espèce est le taxon de base de la systématique. La définition la plus communément admise est celle du concept biologique : une espèce est un ensemble d’individus qui peuvent effectivement ou potentiellement se reproduire entre eux et engendrer une descendance viable et féconde, dans des conditions naturelles6.

Pour se repérer et savoir si deux plantes font parties de la même espèce, il faut se référer à leur nom latin. Chaque espèce de plante possède un nom scientifique composé d’un nom générique de genre et d’un nom spécifique d’espèce. A cela peut s’ajouter un nom de variété.

Par exemple, le potimarron (Cucurbita maxima) est du genre Cucurbita et de l’espèce maxima. Le pâtisson (Cucurbita pepo) est du genre Cucurbita et de l’espèce pepo. Ils ne peuvent donc pas s’hybrider entre eux.

Par contre, les courgettes (Cucurbita pepo) sont aussi du genre Cucurbita et de l’espèce pepo, elles ne se différencieront des pâtissons que par leur nom de variété. Elles sont donc à même de s’hybrider. Cela signifie que si vous plantez des courgettes et des pâtissons à côté les uns des autres, les graines récoltées dans leurs fruits ne vous garantissent pas de produire à nouveau des courgettes et pâtissons.

Pour pallier ce problème, il faut soit éviter de planter ensemble des plants de la même espèce (de variétés différentes), soit effectuer la pollinisation de façon manuelle pour s’assurer de la continuité de la variété. La première solution, qui paraît la plus simple et la plus sûre, ne l’est pas forcément, car qui vous assure que votre voisin n’a pas planté justement ce que vous voulez éviter, et qu’un insecte aura malencontreusement pollinisé l’un avec l’autre ?

La connaissance du nom latin des plantes, et des graines que l’on achète lors de la préparation de notre potager est quoi qu’il en soit, indispensable dès lors que l’on souhaite produire ses semences. Il ne faut pas oublier de vérifier que l’on se procure au départ des semences reproductibles !

Pollinisation manuelle

Elle consiste à effectuer à la main le travail des butineurs, c’est à dire à ensemencer une fleur femelle avec une fleur mâle7.

La pollinisation doit s’effectuer de bon matin, à l’heure où les fleurs s’ouvrent. Couper une fleur mâle, enlever les pétales pour ne garder que les étamines (sur lesquelles se trouve le pollen), badigeonner le pistil de la fleur femelle avec le pollen.

Afin d’éviter toute pollinisation naturelle, il est souhaitable de fermer les fleurs mâles et femelles sélectionnées avant qu’elles ne s’ouvrent (la veille) puis de fermer la fleur femelle une fois fécondée, jusqu’à ce qu’elle soit fanée. La fermeture peut se faire avec une pince, un sac en papier, un morceau d’adhésif …

Les plantes sauvages

On ne peut pas rechercher l’autonomie sans s’intéresser aux plantes sauvages qui poussent sans l’aide de personne et même bien souvent en dépit de nos actions.

De nombreux ouvrages les recensent, expliquent comment les reconnaître et comment les préparer. Il est essentiel de s’assurer que l’on a bien reconnu une plante avant de la consommer. De nombreuses plantes sont toxiques, il faut se procurer des ouvrages spécifiques pour apprendre à les reconnaître et dans le doute, s’abstenir. On peut citer :

  • Plantes sauvages comestibles – Les 50 plantes essentielles et leurs usages de Fleischhauser, Guthmann et Spiegelberger, éditions Ulmer
  • Plantes sauvages comestibles – Les 200 espèces courantes les plus importantes. Les reconnaître, les récolter, les utiliser de Fleischhauser, Guthmann et Spiegelberger, éditions Ulmer (des mêmes auteurs, avec plus de plantes, mais moins d’illustrations)
  • Plantes comestibles. Cueillette et recettes des 4 saisons éditions Debaisieux.

Sans connaissances particulières, certaines plantes bien connues, comme l’ortie ou le pissenlit, sont des compléments inestimables sur la voie de l’autonomie alimentaire.

Il ne faut pas oublier non plus les champignons et la littérature abondante à ce sujet.

Une autonomie partagée

Rechercher l’autonomie ne signifie pas se refermer sur soi-même pour vivre en autarcie. Il est plus efficace et réaliste de réaliser une autonomie au sein d’un petit espace géographique, permettant de partager les compétences des uns et des autres, mais aussi les ressources naturelles (arbres, plantes, eau, zones cultivables …) nécessaires pour assurer une vie saine et agréable à l’ensemble de la population locale.

Respecter la nature, suivre les rythmes biologiques et saisonniers, ne pas polluer ni contaminer l’environnement, ne pas produire de déchets, sont les règles de base qui nous permettront d’avancer sur le chemin de l’autonomie alimentaire.

1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_de_rusticit%C3%A9

2 Plus de détails sur : https://lepotagerpermacole.fr/sommaire-formation-permaculture/module-7-comprendre-la-matiere-organique/

3 Par exemple : https://www.compostage.info

4 Plus spécifiquement en rapport avec les toilettes sèches : https://www.eautarcie.org/05f.html

5 On pourra se référer au livre Des abeilles au jardin – Petit traité d’apiculture atypique à l’usage des amis de abeilles de Vincent Albouy aux éditions Edisud.

6 https://fr.wikipedia.org/wiki/Esp%C3%A8ce

7 Plus de précisions par exemple sur https://espacepourlavie.ca/etapes-de-la-pollinisation-manuelle-des-fleurs